Home » Archivi, Tonalestate 2011

La phrase de Bertolt Brecht. Une poésie de tradition orale

24 luglio 2011 Nessun Commento

Il s’agit en réalité d’une poésie qui, pendant plusieurs années, s’est transmise oralement en Allemagne. On la doit à Martin Niemoller, qui soutint initialement Adolf Hitler avant de passer à l’opposition antinazie et d’être emprisonné de 1937 à 1945.

Le parcours intellectuel de ce pasteur protestant diffère de la trajectoire suivie par la plupart des hommes : s’il est fréquent d’être pétri d’idéaux révolutionnaires dans sa jeunesse, le temps efface les illusions et l’expérience enlève le goût du risque. Et l’on devient plus conservateurs.

Ce n’est pas le cas de Niemoller qui, à l’occasion de son 90e anniversaire, s’expliquait sur son chemin. D’« archiconservateur » à « révolutionnaire » : il aime le définir ainsi, ajoutant avec une pointe d’ironie que, s’il vivait jusqu’à cent ans, il deviendrait sûrement anarchiste.

Il n’a pas jamais atteint ses cent ans, mais il a laissé derrière lui un exemple de vie : ne pas se replier sur ce que l’on connaît ou sur ce que l’on a fait.

La poésie de Niemoller se transmettait oralement, selon la plus belle tradition de la culture vivante. Il n’a jamais retranscrit ce poème qu’il n’hésitait pas, d’ailleurs, à modifier à mesure qu’il donnait des conférences, après la fin de la guerre.
La veuve de Niemoller, à la mort de son mari, nous en a laissé une version écrite. Une version peut-être définitive : « Tout d’abord, ils vinrent chercher les communistes et je ne dis rien parce que j’étais pas communiste/ Après ils vinrent prendre les juifs et je ne dis rien parce que j’étais pas juif/ Puis ils vinrent prendre les syndicalistes et je ne dis rien parce que j’étais pas syndicaliste/ Ensuite ils vinrent prendre les catholiques et je ne dis rien parce que j’étais protestant/ Puis ils vinrent me chercher mais il n’y avais plus personne pour dire quelque chose ».

La transmission orale possède le grand (et merveilleux) avantage de permettre une actualisation de ce qui est efficace et beau, selon son histoire personnelle. Telle est la méthode vivante du midrash ou pesher, que l’académisme d’aujourd’hui a détruit. Ainsi, si Bertold Brecht a un jour vraiment employé cette phrase (on la lui attribue car elle semble typique de son style – la netteté du langage, le manque de sentimentalisme, la logique rigoureuse), il l’a probablement adaptée : en enlevant ce qu’il voulait enlever et en ajoutant ce qu’il voulait ajouter.

ITALIANO

Lascia un commento!

Add your comment below, or trackback from your own site. You can also subscribe to these comments via RSS.